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Prochain essai

La chute d'un guerrier

Dimanche le 27 mai 2018

Même si cela fait plusieurs années que l’ennemi n’arrête pas de frapper constamment à nos portes, nous avons appris à nous ajuster au fur et à mesure que le profil de ses victimes prit forme. Sa tactique n’étonne en rien, du moins jusqu’à aujourd’hui : il n’a cessé de s’en prendre qu’aux plus faibles, autant les jeunes que les personnes d’un certain âge. Et alors que toute notre attention était portée vers ses victimes préférées, alors que nous savions qu’il avait ouvert un nouveau type de front contre nous, choisissant une proie dans la fleur de l’âge cette fois-ci, et tentant de l’avoir par l’usure ; alors que nous étions confiants que cette nouvelle alerte était sous contrôle, que rien ne pouvait vraiment lui arriver à Vétéran, ce roc inébranlable et qu’on ne peut éroder, ce fut avec la plus grande des consternations que nous avons appris sa chute et sa disparition.

Depuis près de cinq ans, Vétéran menait un combat acharné, que lui seul par sa force pouvait faire durer aussi longtemps. Un combat contre un ennemi que nous n’avons jamais vraiment vu de nos propres yeux, mais que dorénavant nous savons impitoyable.

Au début nul ne se doutait de l’existence de ce fléau. Les victimes étaient foudroyées presque instantanément, sans aucun réel avertissement : on attribua ces malheurs à de la malchance. Elles ne survivaient que quelques semaines, voire parfois quelques mois. Puis des corrélations entre les malheureux ont commencées à apparaître. Des blessures similaires, autant sur le corps que sur l’esprit, ne pouvaient demeurer inaperçus, et ce fut ainsi que nous nous rendîmes compte de la stratégie employée par l’ennemi.

Mais malgré ça, nous n’avons rien pu pour le sauver.

En puissance pure personne ne l’égalait. Il pouvait soulever à lui seul je ne sais combien de fois mon poids, ou encore égaler en force sept hommes réunis. Il aimait prendre soin de sa personne, s'entraîner dans le but de rester en forme, autant pour aujourd’hui que pour les années à venir. Il arrivait à voir loin et encourageait son entourage à suivre sa vision. Sans jamais rien brusquer, toujours avec humour et camaraderie. Parce que pour ce qui était de rigoler et d’apprécier la vie, rien ne lui faisait plus plaisir que de partager les bons moments avec les gens qu’il aimait.

“S'entraîner, c’est la santé.”, disait-il. Jamais une affirmation n’a été aussi simple et juste.

Il détenait également une santé morale des plus fortes. Nul autre que lui n’arrivait à soutenir les horizons vides et sans fins, nul autre que lui n’arrivait à traverser d’aussi longs déserts sans apercevoir le moindre signe de vie, où il guettait avec patience ne serait-ce que la plus petite lueur d’espoir, malgré les chutes et rechutes qu’il a subi au cours des dernières années. Toujours sans se plaindre, ayant confiance dans le processus et dans le destin. Alors que sa mère, son père, sa fiancée, et ses bons amis auraient, et ont peut-être malgré tout perdus tout espoir de l’emporter, Vétéran persévéra et attendit, longtemps et longtemps, ce petit signe qui aurait changé le cours des choses pour lui. Et pour nous aussi ! Jamais il ne perdit ni son courage, ni sa bonne humeur, ni sa foi envers Celui qui, en fait, lui causait autant de peine.

“Lorsque je m’en sortirai Saphanta, me dit-il un jour, après avoir vaincu cette bête j’en profiterai pour étudier, et surtout voyager, comme tu le fais. J’en ai vraiment envie, de partir, de voir le monde. J’ai perdu trop de temps, beaucoup trop de temps, et maintenant je dois le rattraper.”

Nous ne savons pas qu’elle sera notre réponse face à cette attaque inhabituelle : Vétéran n’était pas encore arrivé au midi de sa vie, il ne ressemblait en rien aux dernières victimes de cet adversaire vicieux. La communauté doit se réunir prochainement pour discuter et élaborer un plan. Encore une fois, je risque de proposer une plus grande ouverture de notre part envers ceux qui habitent de l’autre côté : nous avons besoin d’aide. J’espère que le combat de Vétéran, même s’il est trop tard pour lui, n’aura pas été vain et qu’il aidera les prochaines victimes.

Vétéran, c’est ainsi qu’on l’appelait, pour je ne sais quelle raison. Mais aujourd’hui, personne n’a aussi bien porté son nom que lui.

Voilà, il n'y a rien de plus!

J'espère que vous avez apprécié la lecture de mes conneries. Je suis une merde!