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Prochain essai

Hasard à a Putia delle cose buone

Dimanche le 24 février 2019

Article paru dans De l’autre côté, semaine du 24 février 2019.

L’idée de ce voyage ?

J’ai souvent été intrigué de savoir ce qui peut bien se passer dans ces destinations, que l’on dit très touristiques l’été, lorsque ce n’est pas l’été. Ces endroits bondés de monde, autant dans les villes que dans les plages ; où toutes les terrasses sont pleines à craquer, les lieux historiques plus actifs que ce qu’ils ont été par le passé dans le temps de leur splendeur, ces littoraux où il n’y a pratiquement aucun mètre carré de disponible ne serait-ce que pour étaler sa serviette. Je voulais savoir ce qui se passait lorsque les touristes rentraient à la maison et qu’il ne restait plus que les locaux dans ces villes et villages, que je supposais fantômes. Après l’animosité et l’effervescence, à quoi devait-on s’attendre ?

Pour répondre proprement à ma question, il me fallait choisir un bon candidat, pas un lieu qui était achalandé toute l’année, et pas un lieu où il faisait beau les douze mois de l’année. Ce fut ainsi que je décidai de me rendre dans la partie la plus méridionale d’Europe, au beau milieu de la mer la plus prisée par les gens en été : Syracuse et Ortigia, en Sicile. Je sentais que, par cette destination, l’objectif de reconnaissance que je m’étais donné allait en bénéficier.

Je m’y rendis au début du mois de janvier, et mes premières impressions de la ville satisfirent rapidement le but de mon voyage : assez animée en journée, avec très peu de touristes, et le soir aux alentours de 19h pratiquement le calme plat. Les rues devinrent désertes avant même la fermeture des magasins, seuls les grands magasins étant encore ouverts à cette heure-ci, les plus petits donnant l’impression de n’avoir jamais ouverts de la journée. Des petites boutiques de vêtements, des échoppes de cuir, des bazars vendant de tout et de rien, tous fermés, aux vitrines poussiéreuses suggérant que personne n’y avait mis les pieds depuis plusieurs semaines. Poussière poussée par le vent qui venait de la mer, une mer qui donnait l’impression de se trouver partout tant que la ville et la presqu’île d’Ortigia étaient petites.

 Il ne me fut pas facile de trouver un lieu où manger le soir, mais cette difficulté me plaisait bien : tous les restaurants fermés étaient les établissements touristiques qui ne servaient probablement que des mets génériques. Je m’essayai aux alentours de la cathédrale et la Piazza Duomo : places magnifiquement illuminées, sans pourtant rien trouver à me mettre sous la dent.

 En flânant, à la recherche de satisfaire les gargouillements de mon ventre, je tombai au coin d’une petite ruelle devant l’enseigne a Putia delle cose buone. La petite terrasse extérieure était vide, alors qu’il ne restait plus de place à l’intérieur, les gens attablés ne ressemblaient pas à des touristes, le menu était original. “Voici le coin authentique que je suis venu chercher ici !” me dis-je, et je m’installai à une table au dehors. Il ne faisait pas très froid. 

Quelques minutes après m’être commandé des pâtes au pesto de pistaches, un jeune couple vint s'asseoir juste à côté de moi : la terrasse étant toute petite et il n’y avait que trois tables. Cette proximité me permit d’entendre ce qu’ils se disaient et, ayant reconnu la langue parlée, je fus surpris et curieux de savoir ce que ce jeune couple faisait ici à cette période de l’année.

 - Navré, mais vous ayant entendu parler la même langue que moi, je me suis dit qu’il serait impoli de ma part de continuer à vous espionner malgré moi ainsi sans que vous le sachiez.

- Mais vous parlez notre langue ! s’exclama le jeune homme. Quelle belle surprise ! Qu’est-ce qui vous a amené ici, littéralement au fin fond de ce pays ?

- Apparemment, pour vraiment connaître un pays, il faut en visiter les coins authentiques, à la période de l’année la plus normale, leur répondis-je en prenant soin de cacher mes vraies intentions.

- En effet, il n’y a pas plus mort que maintenant, et ici.

- Je me présente. Saphanta.

- Moi c’est (malheureusement son nom m’a échappé). Et voici Lucie.

- À mon tour de vous poser la question : que faites-vous ici ?

- Ce qui nous a amené ici ? répondit Lucie avec un accent un peu différent de celui dont le nom m’a échappé. Oh, nous ne sommes pas vraiment des touristes, même si nous essayons de voir ce que la ville a à nous offrir. C’est un peu une longue histoire.

- Je ne suis nullement pressé, et les pâtes vont prendre un certain temps avant d’arriver : les mets frais prennent du temps à se préparer. Si vous voulez me partager votre histoire, cela ne dépend que de vous.

- Très bien. Il se pourrait même qu’un second avis sur la question nous aiderait.

- Ça me fera plaisir de vous aider, si je peux bien sûr !

- En fait, c’est assez simple. Tout a commencé avec une chicane. D’ailleurs, toutes les choses intéressantes dans cette vie commencent par une situation de tension alors qu’il ne devrait pas en avoir.

J’avais entendu une fois dans un film qu’en Sicile les femmes étaient plus dangereuses que les coups de fusils. Un cliché assez facile à critiquer, mais lorsque j’écoutai le récit de Lucie je me dis que celui qui avait écrit le script de ce film savait probablement de quoi il parlait.

Voilà, il n'y a rien de plus!

J'espère que vous avez apprécié la lecture de mes conneries. Je suis une merde!